Au salon de l’auto était exposé le dernier modèle de Lotus en date, la Lotus Evora. J’ai toujours eu un gros faible pour cette marque de voitures sportives. D’abord parce que l’un des premiers jouets que l’on m’a offert étant petit était une Lotus Elan, comme celle que conduisait Diana Rigg dans Chapeau melon et bottes de cuir. Ensuite parce que ces autos sont la définition par excellence de la voiture de course : légères, puissantes et esthétiquement proches de la perfection.
Tout cela me rappelle une autre histoire…
La fureur de vivre, Géant, A l’est d’Eden… trois films dans lesquels James Dean tourna avant de mourir prématurément à l’âge de 24 ans, selon sa devise “vivre à fond, mourir jeune et faire un beau cadavre“.
James Dean n’a pas eu ce que l’on pourrait qualifier d’enfance heureuse. Sa mère est morte d’un cancer de l’utérus alors qu’il avait neuf ans, ce qui l’anéanti. Confié à son oncle et sa tante, il revient par la suite en Californie dont il est originaire pour s’inscrire à l’université. D’abord celle de Santa Monica, puis celle de Los Angeles ou il découvre le théatre, ce qui créé une scission avec son père, ou il habite alors. Il déménage chez un de ses amis et vit de petits boulots -un peu à la manière d’un autre acteur lui aussi passionné de sport automobile, Steve Mac Queen-.
Ses débuts sur la toile se font par le biais d’une publicité pour une célèbre marque de soda américain. Puis il intègre les cours de l’Actors Studio de New-York, ce qui lui permettra différents petits rôles dans diverses séries télévisées. Néanmoins, sa carrière cinématographique débute par une pièce de Gide, l’immoraliste, ou il se fera réellement remarquer.
C’est ainsi qu’il obtient le rôle de Carl Trask dans A l’est d’Eden, et qu’il enchaîne avec La furueur de vivre. Durant le tournage de ce dernier, Dean se prend de passion pour la course automobile. IL s’achète une Porsche 356 Spyder avec laquelle il commence à remporter quelques courses. Une de ses grandes habitudes était de rouler à tombeau ouvert dans les rues de Los Angeles et, grâce à sa puissante Porsche, de semer les voitures de patrouille des policiers. Par la suite, il s’achète une nouvelle Porsche, une 550 Spyder (photo), car il a commandé une Lotus mais la voiture ne peut être livrée à temps. Aussi Dean quelque peu contrarié ne de ne pas avoir de véhicule pour sa prochaine course achète la 550 sur un coup de tête, lors d’une visite chez le concessionnaire de Los Angeles. Il baptise la voiture “little bastard”.
Le 30 septembre 1955, il doit participer à une course automobile qui se tient en Californie du nord. Il part tôt le matin de Los Angeles, accompagné de son mécanicien, Rolf Wutherich, qui prend la place du passager. Ils n’ont pas encore fait la moitié du chemin qu’il est arrêté par la police et se voient administrer une contravention pour excès de vitesse. Dean repart selon ses habitudes, en roulant à fond.
Après avoir roulé pendant quatre heures, ils viennent à traverser une petite ville du nom de Cholame, ou un étudiant vient par une route adjacente au volant d’une Ford Sedan. Il leur coupe la priorité et Dean pense pouvoir contourner aisément la Ford, il ne s’arrête pas et ne freine d’ailleurs même pas. Selon toute vraisemblance, le conducteur de la Ford n’a pas vu la Porsche, laquelle est particulièrement basse. Deuxs policiers assistent à l’accident. Le conducteur de la Ford s’en sort avec quelques hématomes, le mécanicien de Dean heurte le tableau de bord et se voit projeté en dehors de la voiture. Quant à Dean, il meurt sur le coup.
La 550 de James Dean fut récupérée mais elle serait ce que l’on appelle un Jinx car ou une voiture porte-poisse. Selon certains, elle serait même maudite. Le modèle de base est connu et réputé pour avoir entraîné la mort de quelques personnes dans les années qui suivirent la décès de Dean. Plus étrange est le sort des personnes qui ont voulu récupérer ou se servir de la Porsche 550 de James Dean.
Lorsque George Barris rachète la voiture qu’il avait lui-même personnalisée, pour la somme de 2500 $, il se fracture la jambe. Il vend alors le moteur et la transmission à deux médecins qui feront la course l’un contre l’autre. Le premier meurt en percutant un arbre après avoir perdu le contrôle de sa voiture, le second est sérieusement blessé après avoir effectué une sortie de route. Barris vend alors les pneus de la voiture, qui sont en état presque neuf. Ils sont à l’origine d’un accident qui blesse l’acheteur.
Deux adolescents essayent de voler ce qui reste de la voiture. Le premier s’ouvre le bras sur un morceau de métal déchiqueté, le second se blesse en essayant de récupérer le siège conducteur couvert de sang. Barris décide alors de cacher les restes de la voiture, laquelle est en fin de compte récupérée par la patrouille routière californienne, qui souhaite l’exposer pour illustrer concrètement les dangers de la route.
La première exposition se solde par un incendie. Toutes les voitures aux alentours du local sont carbonisées et seule la Porsche reste intacte. La deuxième exposition voit la voiture tomber et casser la jambe d’un adolescent venu la contempler. On décide alors de changer la voiture de location, et le conducteur du camion qui la transporte est victime d’un accident, uniquement à cause de la voiture. Deux autres accidents du même genre se produisent coup sur coup, la voiture tombant du camion, brisant au passage le pare-brise d’un conducteur.
En 1959, la voiture est exposée pour une dernière fois, car on ne le reverra plus. Un an plus tard, elle disparaît “corps et âme” ainsi que le camion qui la transportait et personne n’a jamais su ce qu’il était advenu de Little Bastard.
Coincidence, il y a quelques temps de cela je regardais l’émission de Jeremy Clarkson, Top Gear, qui est entièrement consacrée à la voiture sous toutes ses formes. Au cours d’une d’entre-elles, un des présentateurs a sorti la Lotus dont James Dean n’a jamais pu prendre le volant et qui par ailleurs ne semble jamais avoir été expédiée outre atlantique. Remisée dans un garage, elle attend une restauration en bonne et due forme.
Porsche ? Sans façons, j’en reste à mes premiers amours…
Une Porsche 550 Spyder, du même type que celle que possédait l’acteur.






